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Points clés à retenir
- Le glyphosate est autorisé en Europe jusqu’au 15 décembre 2033.
- L’Espagne s’est abstenue lors du vote de renouvellement 2023.
- Usage agricole autorisé sous conditions ; usage urbain restreint depuis 2015.
- Les alternatives mécaniques coûtent 2 à 4 fois plus cher à l’hectare.
- Une étude PAN Europe 2025 remet en cause le seuil de sécurité fixé par l’UE.
Le glyphosate est-il autorisé en Espagne en 2026 ?
La question revient souvent chez les particuliers qui jardinent de ce côté des Pyrénées ou qui achètent une propriété en Espagne. Le glyphosate espagne, c’est un sujet qui brouille les cartes : autorisé ici, interdit là, toléré ailleurs. En quinze ans de chantiers, j’ai appris que les flous réglementaires coûtent cher. Mieux vaut poser le cadre avant d’agir.
Statut légal actuel et cadre européen jusqu’en 2033
Le glyphosate reste légal dans l’Union européenne. La Commission européenne a renouvelé son autorisation en novembre 2023 pour une durée de dix ans, jusqu’au 15 décembre 2033. Cette décision s’appuie sur l’évaluation de l’EFSA (Autorité européenne de sécurité des aliments), qui n’a pas conclu à un risque inacceptable pour la santé humaine dans les conditions d’usage réglementées.
En Espagne, cette autorisation européenne s’applique directement. Le produit peut être commercialisé et utilisé, sous réserve du respect des règles nationales et locales qui, elles, varient sensiblement.
Position de l’Espagne lors du vote de renouvellement 2023
Le vote de novembre 2023 n’a pas été un consensus. L’Espagne s’est abstenue, tout comme plusieurs autres États membres. Cette abstention n’est pas anodine : elle signale une position politique inconfortable, coincée entre les intérêts d’une agriculture qui pèse lourd. Notamment les oliveraies andalouses — et des pressions environnementales croissantes.
L’abstention ne crée aucune contrainte juridique supplémentaire pour les agriculteurs espagnols. Mais elle ouvre la porte à des restrictions nationales progressives, déjà visibles en milieu urbain.
Différence usage agricole / usage non agricole
C’est le point que presque tous les articles sur le sujet traitent trop vite. Usage agricole et usage urbain obéissent à des règles différentes. Un exploitant peut traiter ses cultures en respectant les doses et délais fixés par l’UE. Un jardinier amateur ou une mairie, non : des restrictions spécifiques s’appliquent, et elles se sont durcies depuis 2015.

Réglementation espagnole du glyphosate en milieu urbain
C’est une erreur classique que je vois partout : croire que l’autorisation européenne vaut pour tous les usages. En Espagne comme ailleurs, les communes ont progressivement pris la main sur les espaces publics.
Interdictions municipales à Barcelone et Madrid
Barcelone et Madrid ont restreint l’usage du glyphosate dans leurs espaces verts publics dès 2015. Ces interdictions municipales visent les agents des services techniques qui entretiennent parcs, trottoirs et alignements d’arbres. Elles ne s’appliquent pas directement aux particuliers dans leur jardin privé, mais elles créent un précédent qui a entraîné d’autres villes à suivre.
Encadrement progressif depuis 2015
Pour comparer avec la France : les collectivités françaises ont été interdites d’utiliser le glyphosate dans les espaces verts publics depuis le 1er janvier 2017, et les particuliers depuis le 1er janvier 2019. L’Espagne n’a pas adopté une interdiction nationale aussi tranchée, mais l’encadrement municipal gagne du terrain chaque année.
Cas des jardiniers amateurs et achat en magasin
En Espagne, un particulier peut encore acheter du glyphosate en jardinerie pour usage domestique, à condition de disposer d’un carnet de formation aux produits phytosanitaires (le « carnet phytosanitaire »), obligatoire depuis 2015 pour les produits professionnels. Les formulations destinées au grand public restent accessibles sans ce document. La règle d’or du métier, c’est de toujours lire l’étiquette : le classement d’usage y figure noir sur blanc.
Usage agricole du glyphosate en Espagne
L’agriculture espagnole est l’une des plus dépendantes du glyphosate en Europe. Sur le chantier, on voit tout de suite si une culture a été traitée ou non — et dans les oliveraies andalouses, la gestion du sol passe encore très largement par le désherbage chimique.
Oliveraies andalouses et cultures concernées
L’Andalousie concentre la majorité de la consommation espagnole de glyphosate. Les oliveraies, les vignobles et les grandes cultures céréalières (blé, orge, tournesol) sont les principaux secteurs utilisateurs. Le produit sert à la fois à détruire les adventices en inter-rang et, dans certains cas, à préparer la récolte par dessiccation avant moisson.
Doses et délais avant récolte fixés par l’UE
Le règlement européen impose des limites maximales de résidus (LMR) strictes dans chaque denrée. Pour l’olive de table, la LMR est fixée à 0,1 mg/kg. Les délais avant récolte varient selon la culture et le fabricant, mais oscillent généralement entre 30 et 90 jours. Un agriculteur qui ne respecte pas ces délais s’expose à des contrôles de l’Agence alimentaire espagnole (AESAN) et au refus de sa production à l’export.
Volumes utilisés comparés à d’autres pays européens
Les données Eurostat publiées via Touteleurope situent la consommation espagnole de pesticides à 3,19 kg/ha de surface agricole utile. La France est à 3,65 kg/ha, l’Allemagne à 3,41 kg/ha. L’Espagne, la France, l’Italie et l’Allemagne figurent parmi les plus gros consommateurs de pesticides de l’UE en 2021. Ces chiffres englobent tous les produits phytosanitaires, mais le glyphosate représente une part structurante du total dans chacun de ces pays.
Risques sanitaires et controverses scientifiques
Le détail qui change tout, c’est de distinguer ce que disent les agences d’évaluation des risques de ce que dit la recherche académique indépendante. Les deux ne convergent pas toujours.
Classification CIRC et débat cancérogénicité
En 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC), branche de l’OMS, a classé le glyphosate « cancérogène probable pour l’homme » (groupe 2A). Cette classification ne signifie pas que l’exposition quotidienne à dose faible cause le cancer : elle indique que des preuves suffisantes existent chez l’animal et des preuves limitées chez l’homme. Le café est dans le même groupe.
Ce classement a alimenté des années de contentieux, notamment aux États-Unis contre Bayer (acquéreur de Monsanto), mais il ne lie pas les agences réglementaires européennes.
Nouvelles études sur l’exposition chronique
En juin 2025, PAN Europe a publié une étude signalant l’apparition de leucémies précoces chez le rat à la dose journalière admissible fixée par l’UE. C’est précisément ce type de donnée qui fragilise les évaluations antérieures : si le seuil de sécurité réglementaire est contesté par des résultats expérimentaux récents, la marge de confiance rétrécit.
Position de l’EFSA et de l’ECHA
L’EFSA et l’ECHA (Agence européenne des produits chimiques) ont conclu, dans leurs évaluations les plus récentes, que le glyphosate ne remplissait pas les critères de classification comme substance cancérogène, mutagène ou perturbateur endocrinien aux niveaux d’exposition habituels. Leur méthodologie privilégie les études en conditions d’usage réelles plutôt que les expositions expérimentales à forte dose. C’est là que le désaccord scientifique s’installe durablement.
Contamination environnementale en Espagne
Avant d’appeler un artisan ou d’acheter un terrain, vérifiez déjà si la zone est agricole intensive. En quinze ans de chantiers, j’ai appris que la qualité de l’eau et des sols conditionne beaucoup de décisions. Rénovation, jardin, culture potagère.
Présence dans les eaux souterraines des zones agricoles
Des relevés effectués dans les bassins hydrographiques de l’Ebre, du Tage et du Guadalquivir montrent des traces régulières de glyphosate et de son métabolite AMPA dans les eaux souterraines des zones de grande culture. Les concentrations restent généralement en deçà des seuils réglementaires pour l’eau potable (0,1 µg/L par substance), mais la tendance à l’accumulation dans certains aquifères préoccupe les agences régionales de l’eau.
Impact sur la biodiversité des sols
Le glyphosate agit sur toute plante portant l’enzyme EPSPS, ce qui lui confère une efficacité large spectre. Cette efficacité même explique son impact sur la flore adventice bénéfique : les plantes messicoles, les couvre-sols mellifères et les herbacées qui fixent l’azote disparaissent avec les mauvaises herbes. Dans les oliveraies en sol nu, l’absence de couverture végétale accélère l’érosion et réduit l’activité biologique du sol.
Zones sensibles concernées
Les zones Natura 2000 espagnoles intègrent désormais des restrictions d’épandage dans leurs plans de gestion. La vallée de l’Ebre, les plaines céréalières de Castille et certains secteurs de l’Estrémadure sont particulièrement surveillés en raison de la densité des prélèvements d’eau pour l’irrigation et la consommation humaine.
Alternatives au glyphosate en Espagne
La règle d’or du métier, c’est de ne jamais présenter une alternative sans chiffrer ce qu’elle coûte réellement. Les alternatives existent. Certaines fonctionnent très bien. Mais l’équation économique reste le frein principal à l’adoption.
Méthodes mécaniques et coûts comparés
Le désherbage mécanique (interceps, bineuses guidées par GPS, robots agricoles) coûte 2 à 4 fois plus cher à l’hectare que le glyphosate sur un cycle annuel. Pour une oliveraie de 50 hectares, le surcoût peut atteindre 8 000 à 15 000 euros par an. Ce chiffre n’inclut pas les coûts d’investissement initial en matériel. C’est pourquoi les exploitations de taille moyenne peinent à faire le saut sans aide publique.
Solutions biologiques et agroécologiques
L’enherbement maîtrisé. Laisser pousser une couverture végétale choisie entre les rangs. Représente l’alternative la plus documentée. Elle réduit l’érosion, améliore la rétention d’eau et favorise les auxiliaires naturels. Des mélanges de légumineuses et de graminées (trèfle, fétuque) adaptés au climat méditerranéen permettent une gestion satisfaisante dans les vignobles et les oliveraies, à condition d’accepter une phase d’adaptation de deux à trois ans.
Adoption par les coopératives espagnoles
Plusieurs coopératives andalouses et catalanes ont engagé des programmes de transition depuis 2020, souvent en lien avec des certifications bio ou HVE (Haute Valeur Environnementale). L’adoption reste minoritaire : moins de 15 % des surfaces traitées au glyphosate font l’objet d’un plan de substitution actif. Le marché européen du glyphosate est évalué à 1,97 milliard de dollars en 2025, ce qui illustre à quel point la dépendance économique est structurelle.
Procédures judiciaires et avenir du glyphosate
Ce que votre paysagiste ou votre coopérative ne vous dira pas forcément, c’est que le cadre réglementaire du glyphosate après 2033 est loin d’être acquis. Les contentieux en cours pèsent sur les perspectives industrielles.
Contentieux contre Bayer en Europe
Bayer, qui a hérité du contentieux glyphosate en rachetant Monsanto en 2018, fait face à des milliers de procédures aux États-Unis. En Europe, les actions collectives restent plus limitées, mais des plaintes individuelles se multiplient en Allemagne, en France et en Espagne. La Cour de justice de l’UE a été saisie de questions préjudicielles sur la compatibilité du droit national restrictif avec le règlement européen sur les pesticides.
Perspectives réglementaires après 2033
L’autorisation court jusqu’au 15 décembre 2033. Un nouveau cycle d’évaluation débutera probablement vers 2030. D’ici là, les données issues des nouvelles études. Dont celle de PAN Europe sur les leucémies chez le rat — alimenteront le dossier de réévaluation. Si ces résultats sont confirmés par d’autres équipes indépendantes, ils pourraient modifier substantiellement les conclusions de l’EFSA.
Positions des associations environnementales espagnoles
Écologistes en Acción et SEO/BirdLife militent pour une interdiction nationale progressive, calquée sur le modèle français. Ils ciblent en priorité les zones périurbaines et les abords de cours d’eau. Leurs rapports documentent les concentrations d’AMPA dans les rivières espagnoles et servent de base aux recours administratifs devant les communautés autonomes. La pression associative a déjà conduit plusieurs communes au-delà de Barcelone et Madrid à adopter des chartes de jardinage sans pesticides pour les espaces publics.
En 2026, le statut du glyphosate espagne reste donc binaire selon le contexte : légal en agriculture sous conditions strictes, de plus en plus encadré en milieu urbain, et soumis à une incertitude scientifique et judiciaire qui rendra inévitables de nouvelles évolutions d’ici la prochaine échéance européenne.



